Réparer l’enfant intérieur : ne plus abandonner notre partie blessée.
- Sandrine Muller

- 30 juil.
- 5 min de lecture





Réparer l’enfant intérieur : ne plus abandonner notre partie blessée.
On parle beaucoup de « prendre soin de son enfant intérieur ».
Derrière cette expression se cache pourtant une réalité très concrète : lorsque notre passé a été marqué par la maltraitance, l’humiliation, la violence, l’abandon ou l’insécurité affective, une partie de nous continue de vivre avec les traces de ce qu’elle a subi.
Les psychologues comme les énergéticiens savent que toute blessure peut laisser une empreinte durable, quel que soit l’âge auquel elle survient. L’enfant intérieur est cette part de nous qui reste candide, créative, rêveuse et spontanée. Lorsqu’elle a été blessée, elle peut rester figée dans une expérience ancienne, tandis que l’adulte continue d’avancer en portant, parfois à son insu, les conséquences de ce qui n’a pas été réparé.
La victime s’adapte avant de comprendre
Lorsqu’une personne dépend d’une figure d’autorité ou se trouve dans une situation dont elle ne peut pas s’extraire, elle apprend d’abord à survivre. Pour se sentir en sécurité, elle observe, anticipe, se conforme, se tait, fait plaisir ou se défend comme elle peut.
Ces stratégies peuvent être parfaitement adaptées au moment où elles apparaissent. Le problème survient lorsqu’elles continuent à fonctionner des années plus tard, alors que le danger a disparu.
Une personne qui a appris à éviter le conflit peut devenir incapable de poser une limite. Celle qui a compris qu’il fallait mériter l’amour peut passer sa vie à donner davantage qu’elle ne reçoit. Celle qui a vécu dans l’imprévisibilité peut avoir besoin de tout contrôler pour se sentir en sécurité.
Réparer commence par reconnaître la réalité
Il existe un moment essentiel dans le processus de réparation : celui où l’on cesse de minimiser ce que l’on a vécu.
« Ce n’était pas si grave. »
« Il y avait pire ailleurs. »
« Maintenant que je suis adulte, je devrais être passé à autre chose. »
Ces phrases peuvent empêcher la réparation parce qu’elles demandent encore une fois à la personne de nier son propre vécu.
Reconnaître une blessure, ce n’est pas se condamner à souffrir toute sa vie. C’est remettre les responsabilités à leur juste place.
Une victime n’est pas responsable de la violence qu’elle subit. Elle n’est pas responsable de l’abandon dont elle souffre. Et reconnaître cette réalité peut constituer le premier acte de réparation.
Réparation : le mot n’est pas choisi au hasard
J’ai choisi le mot « réparation » dans mon ouvrage Soins et protocoles de réparation parce qu’il dit quelque chose de précis.
Lorsqu’un enfant est maltraité, lorsqu’une femme subit des violences ou lorsqu’une personne vit un événement profondément traumatique, la sécurité, la confiance en soi, les limites, l’image de soi et la capacité à faire confiance peuvent être profondément fragilisées.
La réparation ne consiste donc pas à prétendre que rien ne s’est passé. Elle consiste à restaurer, morceau après morceau, ce qui a été endommagé.
L’image du kintsugi me parle particulièrement. Au Japon, cette pratique consiste à réparer un objet cassé en laissant visibles les fissures, plutôt qu’en cherchant à les faire disparaître. Le symbole est puissant : être réparé ne signifie pas redevenir exactement comme avant la cassure. Cela signifie pouvoir redevenir entier autrement.
Cette réparation peut commencer par une reconnaissance fondamentale :
Oui, j’ai subi quelque chose.
Oui, cela a eu des conséquences.
Et oui, j’ai aujourd’hui le droit de me protéger, de poser des limites, de reconstruire ma vie. Aujourd’hui est le début de ma réparation.
L’adulte devient enfin celui qui protège
Le travail avec l’enfant intérieur est un dialogue avec la partie blessée de soi.
Que fait aujourd’hui l’adulte que je suis lorsque j’ai peur ? Lorsque je me sens rejeté ?
Est-ce que je me force encore à accepter l’inacceptable pour ne pas perdre l’autre ?
La réparation passe par ces réponses-là.
Elle consiste à apprendre à dire non. À quitter une relation qui fait mal. À ne plus confondre amour et sacrifice. À reconnaître la fatigue avant l’épuisement. À se donner le droit d’avoir des besoins, des limites, des émotions et des choix.
Sortir de la répétition
Une blessure ancienne peut influencer nos choix sans que nous en ayons conscience. Nous pouvons reproduire des scénarios connus : des relations où il faut mériter l’amour, des situations où l’on doit sauver l’autre, des environnements où l’on marche sur des œufs, des liens où l’on donne énormément et reçoit très peu.
La réparation demande alors de repérer la répétition.
Pourquoi est-ce que je culpabilise lorsque je pose une limite ?
Pourquoi le calme me paraît-il parfois plus inquiétant que le conflit ?
Ces questions permettent de comprendre que certaines réactions présentes ont une histoire.
Mais comprendre n’est qu’une étape. La réparation devient réelle lorsqu’une nouvelle expérience devient possible. Lorsqu’au lieu de reproduire, on choisit autrement.
Lorsqu’on peut se dire :
« Aujourd’hui, je suis adulte. J’ai des ressources. Je peux me protéger. Je peux demander de l’aide. »
Le corps aussi a besoin de sécurité
Le travail de réparation ne passe pas uniquement par les pensées. Une personne peut savoir intellectuellement qu’elle n’est plus en danger et continuer à ressentir dans son corps de l’hypervigilance, de la tension ou, au contraire, une forme de déconnexion.
C’est pourquoi les approches corporelles et concrètes proposées dans Soins et protocoles de réparation ont leur place dans un processus de reconstruction : photo magique, safe place, rituel de libération…
Dans les soins que je propose, j’utilise également des outils énergétiques. Ils ne remplacent ni la compréhension psychologique ni l’accompagnement thérapeutique lorsque celui-ci est nécessaire, mais ils constituent, dans mon approche, des supports essentiels du chemin de réparation.
Je considère notamment que le travail énergétique permet de revisiter un événement ancien autrement que par la seule compréhension intellectuelle. Le soin peut alors devenir une manière de revenir symboliquement et énergétiquement au moment où la blessure s’est inscrite, afin d’y apporter ce qui manquait : sécurité, compréhension, parole, protection, reconnaissance.
Le « soin de recouvrement d’âme » et le soin destiné à « soigner une blessure d’enfance » s’inscrivent dans cette démarche. Ils invitent à revisiter le passé pour permettre à la personne de reprendre le dessus sur ce qui, jusque-là, continuait de la définir.
Dans mon approche, ces soins ne se contentent donc pas de nous aider à mieux vivre avec le passé : ils permettent de le réécrire énergétiquement, afin que nous puissions nous inscrire dans une nouvelle ligne de temps, où nous devenons acteurs de notre sécurité et témoins de notre souveraineté.
Pour moi, c’est cela, la véritable réparation.
Ne plus abandonner notre partie blessée
C’est peut-être cela, au fond, réparer son enfant intérieur : ne plus lui demander de s’adapter à ce qui nous détruit.
Ne plus lui dire de se taire.
Ne plus lui demander d’être parfait.
Ne plus l’obliger à rester là où il souffre.
Ne plus confondre patience et tolérance à l’inacceptable.
Ne plus chercher à être aimé au prix de soi-même.
La réparation commence par un retour en arrière, non pas pour y rester, mais pour retrouver la partie de nous qui est restée figée et fragmentée dans le temps, afin de la réparer.
C’est un mouvement vers soi.
Elle ne consiste pas à retrouver l’enfant que nous étions.
Elle consiste à devenir l’adulte qui ne l’abandonnera plus jamais.
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